Marche sur les aéroports le 3 octobre 2020 - activistes sur le Tarmac de Roissy - Charles de Gaulle / Crédit photo : Julien Helaine
Marche sur les aéroports le 3 octobre 2020 - activistes sur le Tarmac de Roissy - Charles de Gaulle / Crédit photo : Julien Helaine

Aviation : Marchons sur les aéroports

Le samedi 3 octobre, 2000 citoyen·nes, scientifiques, étudiant·es, salarié·es et syndicats du secteur aérien se sont mobilisé·es sur 18 aéroports pour exiger la réduction du trafic aérien, la reconversion des emplois du secteur et le développement des transports alternatifs. Suite à cette journée de mobilisation inédite, 2 procès sont prévus en 2021 : à Bordeaux le 22 février et à Paris le 24 juin.

Alors que le dérèglement climatique menace les conditions de vie décentes sur terre, nous n’avons pas le choix : pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France, il faut notamment réduire le trafic aérien, et préparer dès maintenant la reconversion du secteur avec les salarié·es.

De Toulouse à Besançon, de Lille à Marseille en passant par Clermont-Ferrand, plus de 2000 citoyen·nes ont mené des actions sur 18 aéroports, ainsi qu’une au Mexique.

Le progrès au service d’une illusion verte

Poussés dans leurs retranchements, les acteurs du secteur proposent des pistes pour continuer à voler. «L’avion vert» mise sur de nouveaux gains d’efficacité qui permettraient de rendre l’aviation plus «écologique». Mais ce graal est un mythe : «Le transport aérien fait partie des quelques secteurs pour lesquels il n’existe pas, à court ni moyen termes, d’alternative technologique “décarbonée”»? conclut un rapport du Shift Project.

Action Aviation Roissy
Marche sur les aéroports le 3 octobre 2020 – activistes sur le Tarmac de Roissy – Charles de Gaulle / Crédit photo : Julien Helaine

La trajectoire actuelle, rendue acceptable par l’idée de «croissance verte», nous emmène en réalité vers une augmentation des émissions du secteur aérien qui consommerait à lui seul l’équivalent du budget carbone de la France en 2050. Alors que fait-on ? On arrête de manger, de se chauffer et de se vêtir pour qu’une minorité de la population continue de voler ?

La réduction du trafic aérien

Comme le montrent bien les différents scénarios du rapport de BL Evolution, le seul moyen de s’aligner sur l’accord de Paris est de diminuer drastiquement le trafic aérien. En France, la moitié des déplacements par avion est le fait de 2% de personnes. Les mesures nécessaires à la diminution du trafic ne concerneront donc que les personnes qui ont les moyens et l’habitude de prendre l’avion. Car si les déplacements en avion sont devenus légèrement plus accessibles, prendre l’avion reste un marqueur social fort, confirmant la corrélation entre empreinte carbone individuelle et niveau de vie.

Des mesures sont à mettre en place dès maintenant pour emprunter cette voie. Réduire le trafic, c’est réduire le nombre d’avions en vol et donc cesser d’augmenter la capacité d’accueil des aéroports. Un arrêt des projets de construction, d’extension et d’aménagement des aéroports doit être décidé dès maintenant. Les vols pour lesquels une alternative existe en train en moins de cinq heures (a minima) doivent être supprimés, et l’offre de train de jour et de nuit améliorée et renforcée pour accompagner ce changement et son extension progressive.

Les avantages financiers mis en place pour inciter les gens à prendre l’avion doivent être retirés. L’exonération de taxe du kérosène peut et doit être supprimée au niveau national, et la TVA sur les billets ramenée au taux normal de 20%. Les subventions régionales et locales aux aéroports et aux compagnies aériennes doivent également être supprimées et redirigées vers des secteurs d’intérêt collectif. Ces mesures permettraient de rétablir un peu de justice fiscale en faisant cesser l’effort économique fourni par toute la population pour maintenir une minorité de personnes dans les airs. Elles auront également un impact énorme sur l’amélioration de la qualité de vie et la santé des riverains d’aéroports et des populations survolées qui souffrent quotidiennement des nuisances de ce mode de transport.

La question de la régulation voire l’interdiction des jets privés et des vols d’affaires se pose également. L’exemple de la ligne Nice-Monte-Carlo qui fait en six minutes ce que le train fait en vingt et une minutes, et ce 48 fois par jour, illustre combien ces derniers cristallisent injustice sociale et climatique.

Les actions menées

Amorcer la réduction du trafic aérien, c’est déjà arrêter d’agrandir les infrastructures : construction du terminal T4 à Roissy, extension du terminal 1 à Marseille, allongement de la piste à Caen, des extensions en pagaille à Nantes, Lille, Nice ou Mulhouse : ces projets n’ont pas lieu d’être et ont été pointés du doigt lors des mobilisations du 3 octobre.

À Roissy, les 350 participant·es ont frappé un grand coup pour marquer les esprits : dès 9h, 87 personnes ont pénétré sur le tarmac et perturbé le décollage d’un avion. Au même moment, une partie des participant·es se rassemblait dans un des terminaux de l’aéroport. 130 personnes, dont 5 journalistes et 5 scientifiques, ont été interpellées et ont passé la journée en garde à vue avant d’être pour la plupart libérées dans la nuit.

À Marseille, la contestation s’est concentrée sur l’enquête publique en cours : prises de parole dans le hall de l’aéroport, déploiement de banderoles et lâcher d’avions en papier contenant les informations relatives à l’enquête publique. Les citoyen·nes ont été invité·es à se positionner en répondant à l’enquête publique pour montrer qu’un tel projet n’a pas lieu d’être.

Marche sur les aéroports le 3 octobre 2020 – activistes d’ANV-COP21 Gironde // Crédit photo : Maurice Lafaye

À Caen, c’est une vélorution qui s’est élancée à destination de l’aéroport.

Si la mobilisation a dû être annulée à Nice en raison d’une météo désastreuse, le collectif en lutte contre l’extension de l’aéroport a tenu à déployer une banderole pour appeler la population à se mobiliser massivement autour du procès à venir pour l’annulation du permis de construire délivré pour le projet.

À Mulhouse, le collectif de riverain·es contre les nuisances de l’aéroport Bâle-Mulhouse a conduit une marche rassemblant plus de 300 personnes pour dénoncer le projet d’extension.

Die-in dans l’aéroport, marche : à Nantes, l’abandon de Notre-Dame-des-Landes ne rend pas acceptable pour autant l’agrandissement de l’aéroport Nantes-Atlantique. Les membres du GIGNV se sont allongé·es devant la salle d’embarquement du vol Nantes-Paris dont la distance peut être parcourue en 2 heures de train.

À Lille, la vélorution et la marche initialement prévues se sont transformées en un rassemblement des porte-paroles des organisations mobilisées. Le contexte sanitaire nous oblige à repenser nos actions en fonction des contextes locaux mais ne réussira pas à nous bâillonner.

Justice climatique, justice sociale : même combat

Dès le lancement de l’appel à marcher sur les aéroports, un dialogue a été ouvert avec les syndicats du secteur de l’aérien, au niveau national comme dans les collectifs locaux. Les tables rondes portant sur le virage à prendre pour l’aviation, auxquelles ont participé des membres du mouvement climat, des scientifiques et des membres de la CGT et de Sud Aérien sont à retrouver en ligne (ici et ). Des membres des syndicats ont rejoint les mobilisations avec la CGT Airbus à Toulouse et Solidaires à l’aéroport Dole-Tavaux (Jura). La reconversion des salarié·es du secteur aérien doit être pensée dès maintenant, avec les personnes concernées et repenser nos territoires et la répartition des emplois.

Interdiction de la construction de nouveaux aéroports et de l’extension des aéroports existants, suppression des vols sur les trajets où il existe une alternative en moins de 4 heures : ces propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat pour “limiter les effets néfastes du trafic aérien” ont été portées lors des actions par plusieurs de ses membres qui ont pris la parole, à Nantes et à Marseille. Ces propositions, qu’Emmanuel Macron s’était engagé à reprendre sans filtre, sont pourtant remises en question par le gouvernement.

Cette journée de mobilisation nationale sur la thématique de l’aviation et du climat, inédite par son ampleur, a montré que le débat sur l’utilisation de l’avion est à mener maintenant. Le Covid-19 a cloué les avions au sol et entraîné une réduction forcée et drastique du trafic aérien, entraînant des répercussions humaines dramatiques. C’est maintenant, au cœur de la crise sanitaire, que nous devons choisir quelle société nous voulons faire advenir, quel avenir nous préparons pour les générations futures et dans quelles conditions nous souhaitons vivre toutes et tous maintenant.

Nos derniers articles

  • 7 juin 2021