Stratégie de la non-violence

La stratégie de la lutte non-violente (1)

Pourquoi la stratégie de lutte non-violente ?

Le choix de la stratégie de lutte non-violente correspond au projet de faire émerger un mouvement de masse. En effet, c’est une stratégie qui permet une grande diversité de formes d’action : des actions symboliques, artistiques ou humoristiques, des actions directes d’interposition, d’occupation ou de blocage, des actions constructives, des actions de non-coopération et de boycott, etc. Ces formes d’action variées sont autant de portes d’entrées pour des personnes aux profils variés : des personnes jeunes comme des personnes plus âgées, des femmes comme des hommes, des personnes avec plus ou moins de temps disponible, plus ou moins de capacité à subir une répression policière ou des risques juridiques, etc. En articulant ces différentes formes d’actions dans des campagnes communes, la stratégie non-violente cherche ainsi à proposer une place à chacune et à chacun, à obtenir non seulement le soutien de l’opinion publique, mais aussi la participation directe de la population.

L’action non-violente peut être à la fois juste et efficace, en s’inscrivant dans une démarche de changement radical tout en s’assurant du soutien de l’opinion publique et de la participation directe de la population. Parce qu’elle est basée sur la bienveillance, la sincérité et le respect des personnes, l’action non-violente permet de poser un conflit pour révéler une situation d’injustice, faire reconnaître la légitimité des interlocuteurs et des revendications, tout en créant les conditions du dialogue pour que ce conflit trouve une résolution constructive et positive. Cette approche permet ainsi d’agir non seulement sur les rapports de force, mais également sur les rapports de conscience. Cette double force de la non-violence est essentielle pour permettre un changement en profondeur de nos sociétés, qui passe également par un changement de mentalité. C’est ce qui permet à l’action non-violente d’allier l’opposition à la proposition, la résistance à la construction, car il faut autant empêcher la destruction de l’environnement et du climat qu’accélérer la construction des alternatives.

Le choix de l’action non-violente repose enfin sur le fait que les moyens de la lutte déterminent eux-mêmes le résultat de la lutte. Un mouvement non-violent porte en lui même un autre type de société : une société basée sur la participation de toutes et de tous et sur notre diversité plutôt que sur des élites spécialisées (qu’il s’agisse d’experts scientifiques ou économiques, de représentants politiques, ou d’activistes chevronnés), une société basée sur une culture de non-violence, de bienveillance et de respect, une société basée sur la coopération plutôt que sur la compétition et la domination. Dans une stratégie d’action non-violente, ces valeurs sont incarnées dans les moyens mêmes de la lutte, qui est en elle-même un processus constructif de la société des alternatives qui doit remplacer le système actuel.

Voir aussi :

Pourquoi pas la diversité des actions violentes et non-violentes ?

Le choix de la stratégie non-violente suscite très souvent un débat sur la violence et la non-violence. Il y a une grande diversité de mouvements citoyens, militants, syndicaux, associatifs, qui peuvent avoir des objectifs en commun mais qui s’inscrivent aussi dans des stratégies différentes. La stratégie 100% non-violente, dans laquelle ANV-COP21 s’inscrit, se distingue notamment de la stratégie dite de « la diversité des tactiques violentes et non-violentes ».

Dans une action ou une mobilisation de masse, il suffit d’une minorité de personnes utilisant l’action violente pour que leur mode d’action violent impose sa logique à l’ensemble de l’événement. L’action violente, même minoritaire, conditionne en effet tous les aspects d’une mobilisation : le type d’intervention des forces de l’ordre qui peut être plus répressif, le traitement médiatique de l’événement qui se focalise facilement sur la violence, la perception par l’opinion publique qui distingue moins bien la dimension populaire et familiale de l’événement, les adversaires et le pouvoir en place qui peuvent pointer du doigt les « casseurs » et les manifestants violents, et utiliser ces actions minoritaires pour criminaliser et pour justifier une répression plus brutale et plus violente de l’ensemble du mouvement. Ce phénomène est semblable à celui de la grenadine : il suffit d’une petite quantité de sirop de grenadine dans un grand verre d’eau pour qu’il devienne entièrement rouge. De la même manière, il suffit d’une petite part d’action violente dans une grande manifestation pacifique ou dans une action non-violente de masse, pour que l’ensemble de l’action apparaisse comme violente, et que la logique de la violence s’impose à l’ensemble des participants.

Dès lors qu’il y a une part d’action violente, il ne s’agit alors plus d’une stratégie non-violente, mais d’une stratégie violente, qui comprend éventuellement une part d’action non-violente ou pacifique. Cette diversité des tactiques n’est ainsi qu’une seule des stratégies possibles, qui ne recouvre pas la totalité des stratégies. La stratégie entièrement non-violente relève d’une logique différente, qui ne peut se développer qu’en étant séparée des actions violentes.

Voir à ce sujet les articles en ligne du numéro 180 de la revue Alternatives Non-Violentes :


Pour aller plus loin…

deficlimatique (1)     questions frequentes     Faire un don