A la Une “La véritable conclusion de la COP21 se déroulera à Pau, du 5 au 7 avril prochain.”

Sud Ouest – Mardi 29 mars 2016

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Aussi étonnant que cela puisse paraître, la véritable conclusion de la COP21 se déroulera à Pau, du 5 au 7 avril prochain.

Moins de quatre mois après la COP21, les décideurs stratégiques des marchés du gaz et du pétrole offshore (exploité en mer) s’y réuniront pour étudier comment « réussir une baisse significative des coûts pour que l’industrie opérant en mer profonde puisse rester compétitive […] à travers un changement d’échelle en matière d’efficience nécessitant des collaborations industrielles renforcées et des technologies innovatrices » et pour pouvoir ainsi « développer l’extraction du pétrole et du gaz en eaux profondes » malgré le contexte de baisse actuelle du prix du pétrole.

Sur la feuille de route de cette conférence internationale, intitulée MCE Deepwater Development, dont l’organisation est assurée par la société américaine Quest Offshore et qui est accueillie à Pau par la multinationale française Total, pas un mot sur le climat, sur la COP21, sur l’accord de Paris et ses engagements.

Total, Shell, Exxon, Repsol, BP, OneSubsea, ABS, Technip, Vallourec, Halliburton, etc. et les différents opérateurs de l’exploration, du forage et de l’exploitation en eaux profondes du pétrole et du gaz se réuniront donc pendant trois jours dans la capitale du Béarn, comme si la COP21 n’avait jamais existé. Que tous les États du monde aient en décembre dernier adopté à Paris des engagements à contenir le réchauffement climatique en dessous des + 2 °C ne semble pas concerner ces entreprises-là.

Pourtant, l’Agence internationale de l’énergie écrit que pour respecter cet objectif, il faudra laisser sous les sols et les océans, sans les extraire, les deux tiers des réserves prouvées d’énergies fossiles (1).

Si nous exploitons toutes les énergies fossiles disponibles, les températures grimperont de 9 °C, s’est alarmé début avril 2015 Michael Greenstone, professeur à l’université de Chicago et ancien chef économiste de la Maison-Blanche.

Au lieu de se réunir, en tant qu’entreprises directement impliquées dans les causes du dérèglement climatique (2), pour étudier comment contribuer aux trajectoires bas carbone promises par l’accord de Paris, et entamer ainsi une indispensable reconversion de leurs activités, les « supermajors » du pétrole et du gaz vont plancher au contraire pour voir comment forer toujours plus, plus loin et plus profond.

L’avidité sans bornes de ces décideurs condamne la planète à une trajectoire climatique incompatible avec la vie humaine sur Terre. Car développer l’offshore en eaux profondes revient à vouloir exploiter toutes les réserves d’énergies fossiles de la planète, même les moins accessibles. Le résultat en est connu et chiffré.

Comment accepter l’indécence et le cynisme absolu de l’organisation de ce sommet dans l’État qui vient de recevoir la COP21 ?

Cette dernière ne peut pas se conclure à Pau sur le spectacle atterrant d’une conférence internationale des compagnies fossiles déclarant nuls et non avenus les engagements de Paris.

Les défenseurs des océans et du climat doivent se donner rendez-vous à Pau, du 5 au 7 avril, pour y dénoncer fermement la tenue de ce sommet et envoyer un signal fort aux investisseurs du monde entier.

Nous, citoyens, devons entrer en scène pour décréter l’entrée en vigueur immédiate des engagements de l’accord de Paris, adoptés par l’ensemble des États du monde. Vous, multinationales et décideurs économiques et financiers, devez désormais les respecter.

Vous devez cesser de miser sur les énergies fossiles. Vos investissements doivent désormais s’orienter vers les politiques de sobriété et d’efficience énergétique, ainsi que vers le développement des énergies renouvelables. Les projets et politiques violant sciemment l’objectif de contenir le réchauffement climatique en deçà des + 2°C doivent immédiatement cesser. Le sommet MCEDD de Pau ne doit pas avoir lieu.

(1) Rapport annuel publié le 12 novembre 2012, intitulé « World Energy Outlook 2012 ».

(2) La combustion d’énergies fossiles est responsable de plus de 80 % des émissions de CO2 dans le monde, soit 62 % des émissions de gaz à effet de serre (rapport du Commissariat général au développement durable, janvier 2015). www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/CS595-2.pdf

Txetx Etcheverry

Porte-Parole de Bizi !, cofondateur d’Alternatiba

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