Témoignages de prévenu-e-s

Un procès pour décrochage de portrait : témoignages des prévenu·e·s

Nicolas Guerrini, Anne-Sophie Trujillo et Jean-Marie Roche font partie de ces 35 citoyen·ne·s poursuivi·e·s en justice pour avoir lancé l’alerte sur la responsabilité du gouvernement français et de M. Macron dans l’aggravation du dérèglement climatique. Pour avoir décroché un portrait présidentiel et dénoncé par des actions non-violentes le double discours des politiques, iels risquent 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Leur procès, le 1er d’une longue liste, se tiendra le mardi 28 mai au tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse (01).

 

Nicolas Guerrini

« Lanceur d’alerte climatique, je risque 5 ans de prison
et 75 000 euros d’amende pour avoir décroché le portrait de Macron. 

Je suis né en mai 1968. Ironie ? Loin de Paris, en Afrique. Si loin… des pavés, des slogans, des révoltes. Mais c’était dans l’air, ça m’a imprégné. La révolte ne m’a finalement jamais quitté. Mais longtemps elle s’est exprimée stérilement, bruyamment et inefficacement. Dans des râleries, des avis péremptoires, des « il faudrait… » ou des « les gens sont vraiment cons… ». Et puis tout simplement j’ai lu, écouté, visionné… des rapports (textes des COP, rapports du GIEC, données scientifiques…), des témoignages, des livres, des films, des interviews, des conférences… Bref ce que chacun peut faire assez facilement aujourd’hui.

Et pas le choix : agir face à l’urgence. On parle juste de notre survie. Urgence avérée, connue, multiforme. Climat, biodiversité, maladies liées aux pollutions, bulles financières, inégalités sociales… Si vous deviez agir de toute urgence pour sauver la vie de ceux qui vous sont chers, vous feriez quoi vous ? Comme si de rien n’était ?

J’ai honte de dire à ma fille étudiante infirmière que je lui laisse un monde où les urgences sanitaires graves seront dans quelques années son lot quotidien. Triste de dire à mon fils, étudiant ingé son, qu’il ne pourra bientôt plus enregistrer le chant des oiseaux. En colère de devoir expliquer à ma fille de 15 ans qu’elle doit se préparer pour dans pas si longtemps aux crises graves qui s’annoncent : climatiques, sociales, économiques. Et désespéré de voir autour de moi autant de monde qui en sait autant que moi sur le climat et qui continue d’aller au boulot chaque matin, confiant. Parce que “c’est ça la vie” me répond-on. Faut bien rembourser son crédit immobilier chaque mois… Plus le reste, tout le reste, bien au-delà de nos besoins.

Bah non justement, la vie ce n’est pas ça. Vivre, c’est avoir pleinement conscience que nous ne vivons pas au milieu de la nature, mais que nous sommes la nature ! au même titre que tout ce qui existe sur cette planète. Et nous avons définitivement oublié de vivre. S’illusionner collectivement que tout va s’arranger, que la technologie trouvera les solutions à tout, même au dérèglement climatique, c’est bien plus sympa ! Ça demande tellement pas de remises en question. Et pour les “nostalgiques”, on pourra même reproduire quelques mammouths et dinosaures, comme dans Jurassic Park ?

Mais les filles et les gars, c’est maintenant qu’il faut se réveiller et sortir de la matrice : ça y est, en Chine et dans d’autres endroits du monde on pollinise à la main parce qu’on a tué tout ce qui était prévu par la nature pour le faire. Les orang-outans crèvent pour que nos bagnoles roulent à l’huile de palme. Aujourd’hui il faut 7 à 10 calories fossiles pour produire 1 calorie alimentaire (en 1940, 1 calorie fossile permettait de produire 2,4 calories alimentaires…). Les baleines s’échouent à cause des sonars militaires. Jusqu’à 80% des insectes ont disparu en Europe. Les pollutions (air, terre, eau, aliments) constituent l’une des premières causes de mortalité dans le monde. 1%, un seul tout petit pourcent !, de la fortune du PDG d’Amazon (Jeff Bezos) correspond au budget de la santé de l’Ethiopie (105 millions d’habitants). Nestlé et Danone terminent petit à petit la privatisation de l’eau potable dans le monde. Croître infiniment dans un monde aux ressources finies, ce n’est mathématiquement pas possible : tout enfant de primaire peut le comprendre.

Alors oui je vais décrocher des portraits de Macron avec d’autres citoyens qui, comme moi n’en peuvent plus des mensonges et des promesses sans lendemain. Portraits qui valent 10 balles pièce, plus le prix du cadre. Ça ne m’amuse pas, je n’en suis pas spécialement fier, et pour tout dire j’ai moi aussi d’autres choses à faire. Je donne, comme les autres militants, du temps, même beaucoup de temps (au détriment de mon couple, mes enfants, mes loisirs) pour dénoncer l’inaction climatique de nos gouvernants, de nos employeurs, et l’insécurité grandissante vers laquelle ils nous conduisent à grande vitesse en toute connaissance de cause, en toute conscience, et en achetant même notre complicité grâce à leur baguette magique : le pouvoir d’achat !

Je suis prêt à risquer la prison pour que les consciences s’éveillent. A payer des amendes pour avoir dérobé le royal portrait d’un homme coupable de non assistance à population en danger, complice de crime contre l’humanité en bande organisée et avec préméditation. Et c’est moi qui suis en procès avec mes 5 amis, pour vol en réunion, risquant jusqu’à 5 ans de prison et 75000 euros d’amende ? Comme 17 autres citoyens convoqués dans 5 autres procès déjà prévus…

Préférez-vous que l’on juge des décrocheurs non-violents de symboles, ou bien ceux qui sont réellement responsables de la destruction à grande échelle du vivant sur terre, et qui répriment violemment ceux qui ne sont pas d’accord ? Préférez-vous changer le climat, ou bien plutôt le système ?

Nous avons, j’ai besoin de vous ! De vos messages d’encouragement et de soutien, de vos signatures, de vos dons aussi pour pouvoir assurer notre défense et organiser les mobilisations massives prévues pour ces procès.
Mais aussi et surtout de votre mobilisation, si vous le pouvez, le 28 mai à Bourg-en-Bresse ! Beaucoup de monde attendu de 10h à 17h (audience à 13h30) pour ce premier procès : animations, pique-nique, surprises…
Merci de partager au maximum : faisons ensemble de ce 28 mai le premier acte du procès de l’inaction climatique du gouvernement. »

 

 

Anne-Sophie Trujillo

« Je suis convoquée le 28 mai à Bourg en Bresse devant le tribunal correctionnel, et j’avais envie de partager ces quelques réflexions avec vous…

J’ai 3 enfants, et l’aîné fête ses 21 ans en ce mois de mai. Les anniversaires à cet âge là, c’est un appel vers le futur, vers la vie de demain.
Mais bon, quel futur… je ne sais pas trop à quoi il va ressembler en fait…
A l’automne dernier, le rapport du GIEC m’a fait l’effet d’une douche froide quant à l’avenir qui se profile à cause du dérèglement climatique qui est en train de bouleverser nos environnements, nos vies…
… et cela sans que nos dirigeants ne prennent conscience de l’urgence dans laquelle nous nous trouvons, et qu’ils s’acharnent plutôt sur les militants du climat : 5 procès à venir, dont celui pour lequel je suis convoquée…

A quoi pourrait-il ressembler ce monde dans lequel mes enfants vieilliront, dans lequel ils auront peut-être eux même des enfants ?
Un monde à +3°, voire 4°, où – s’ils sont encore dans le Beaujolais – les canicules seront là. Chaque été durant de longs jours. Où les orages, les précipitations seront monnaie courante. Où la pollution de l’air les obligera à porter un masque en ville. Un monde où les oiseaux, les abeilles et les papillons seront devenus rares…

Et c’est bien pour éviter ce monde là, qu’avec ANV Action non-violente COP21 et Alternatiba – Beaujolais Val de Saône – 69 j’ai mené en mars dernier cette action symbolique de réquisition du portrait présidentiel à Jassans. Parce que les marches, les pétitions n’ont pas l’air de suffire à la prise de conscience de l’urgence urgence climatique. La fenêtre d’actions pour éviter le pire se referme doucement. Le temps est compté. C’est maintenant que nous devons « changer le système, pas le climat ».
Alors être poursuivie alors qu’aucune dégradation n’a été commise, c’est étonnant, et on se dit que décidément toucher les symboles, de manière 100% non-violente, c’est peut-être cela qui amènera les prises de conscience…

Mon souhait est que ce procès serve à alerter l’opinion et à faire passer un message sans violence, même si pour cela je me retrouve devant un tribunal et que je risque tout de même 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Alors, j’ai besoin de vous. Pour montrer que nous sommes nombreux à avoir déjà conscience de cette urgence. Pour refuser l’inaction. Pour dire qu’il est encore temps !
Partagez ce [témoignage] avec vos amis, venez le 28 si vous pouvez, ou signez ici pour montrer votre soutien.

Soyons nombreux pour ce procès de l’inaction politique pour le climat,
et pour laisser nos enfants vivre dignement leur bonhomme de chemin futur. »

 

 

Jean-Marie Roche

« Je m’appelle Jean-Marie Roche.
J’ai 36 ans. Marié, 2 enfants.

Le 28 mai prochain, je passe au tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse pour avoir décroché un portrait du président dans la mairie de Jassans-Riottier (01).

J’ai participé à cette action : #SortonsMacron, pour alerter sur l’urgence climatique et surtout l’inaction de nos gouvernants.

Depuis 5 ans, je suis maraîcher bio.
Parce qu’envie d’être acteur, de changer la société, de retour à la terre, de montrer qu’on peut nourrir les gens sainement, localement.
Depuis 5 ans, je me rends compte chaque année un peu plus des effets du réchauffement climatique.
Chaque année des sécheresses plus marquées, chaque année de plus en plus de forts coups de vents.

Alors je m’informe, et je découvre que tous les sujets, sur lesquels je suis militant depuis longtemps, s’articulent autour de la question du climat . Et je découvre qu’il y a urgence ! Tellement urgence qu’on a pas le choix : on doit passer à l’action ! Alors je continue de chercher, de m’informer, je lis, je visionne… je cherche ceux qui sont actifs, ceux qui, comme moi, sont vivants et veulent le rester ! Je croise la route d’Alternatiba et ANV-COP21. Très vite on crée un groupe local, on passe à l’action… déterminée et surtout non-violente !

Et puis arrive la plus grosse pétition de l’histoire (L’affaire du Siècle) et la réponse scandaleuse du gouvernement (« on ne fera rien de plus !»). On imagine une action symbolique pour dénoncer ça : on décroche des portraits de Macron, pour symboliser son inaction, son absence, sur le plus important des sujets : la survie de l’humanité.

Et puis, la plainte du maire, la garde à vue, et bientôt le procès.
Maintenant arrive le temps où l’on communique, pour expliquer aux gens notre action et les inviter à nous soutenir.
Maintenant arrive le temps des remarques, des questions et des moqueries.
Beaucoup ne comprennent pas ou pire nient ce qui arrive à l’Homme, et au « vivant » au sens large.

Les gens me voient fatigué. Ils ont raison, je le suis :
Le stress de l’action, de la garde à vue, du procès.
Le boulot qui n’avance pas, le vent qui arrache mes bâches de serres. Les réunions nécessaires mais chronophages. Les nuits courtes. Mes enfants qui sont toujours aussi présents, et moi toujours aussi absent. Les questions qui se bousculent dans ma tête, et les gens qui me bousculent.
Tout ça me fatigue.

On me dit que c’est trop risqué , que je vais prendre pour les autres. Mais c’est encore plus risqué de rester inactif face à ce qui nous attend.
On me dit que j’ai autre chose à faire, qu’être maraîcher ça prend déjà tout mon temps : oui, j’ai des milliers de choses à faire. Mais nous sommes dans l’urgence : passer à l’action est nécessaire.
On me dit de penser à ma famille, c’est exactement ce que je fais ! Ces actions non-violentes, je les fais pour ma femme, mes enfants et tous les autres.

Et puis, heureusement, voilà le temps des sourires, des soutiens. Ceux qui me donnent plus d’énergie qu’il n’en faut (et il en faut beaucoup !).
Le temps des personnes qui comprennent ce que je fais, qui me disent : « tu as raison !», « tu es légitime !», « Merci !» ou encore : « la prochaine fois, ça sera moi ! »
Des gens qui me disent « je serai là le 28 mai ! »
Et vous le 28 mai, vous serez là à Bourg-en-Bresse devant le tribunal?

Comme on dit chez Alternatiba : il faut « changer le système et pas le climat ». Ce procès du 28 mai 2019, et tous les suivants, sont pour moi un point de départ pour ce changement. Nous allons devoir changer radicalement nos habitudes, nos vies. 
Ça va pas être simple, mais on a plus le choix, c’est vital ! »

 

Comment soutenir ?

Il existe plusieurs moyens pour participer, en fonction des possibilités de chacun·e :

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