Convention Citoyenne pour le Climat : quand s’arrêtera le détricotage des mesures ?

Le 8 décembre dernier, des citoyen·nes se mobilisaient pour demander des mesures ambitieuses pour le climat. Photo : Chris Charousset

 

Ce que la Convention Citoyenne pour le Climat nous apprend

La Convention Citoyenne pour le Climat a été une expérimentation nouvelle de démocratie, basée sur une implication directe des citoyennes et des citoyens dans la construction de propositions pour notre société actuelle et future.

Elle est la démonstration que les citoyennes et citoyens, dès lors qu’on leur permet de consacrer du temps à décortiquer un sujet si complexe que le changement climatique, aboutissent avec consensus à la conclusion de l’urgence dans laquelle nous nous trouvons et de la nécessité de prendre des mesures ambitieuses.

Pour autant, nous, membres de la société civile, devons être vigilant·es et défendre ces expressions démocratiques afin d’empêcher que le fruit de leur travail ne soit vidé de sa substance dans la machinerie de nos institutions et serve uniquement au verdissement politique dans lequel Emmanuel Macron se complaît depuis trois ans.

Les 150 proposent “un ensemble cohérent, pas un menu à la carte”, Emmanuel Macron répond en mettant leurs ambitions écologiques et sociales au régime.

Alors qu’il avait promis de recevoir “sans filtre” l’ensemble des propositions des citoyennes et citoyens tiré·es au sort, le discours d’Emmanuel Macron a brillé par le contraste entre les louanges adressées aux membres de la Convention Citoyenne et la réalité du traitement de leurs 149 mesures.

Tout commence par 3 “jokers” assumés balayant d’un verbiage 3 mesures emblématiques, fruits de mois de réflexion, de travail et de débat des 150 : le rejet de la limitation des autoroutes à 110km/h, le rejet de la modification du préambule de la Constitution pour y intégrer “la préservation de l’environnement” et le refus de la taxe de 4% sur les dividendes des entreprises reversant plus de 10 millions d’euros de dividendes annuels, une mesure pourtant plébiscitée à 55% par les Français·es [1] mais qui cible les plus grosses entreprises, et souvent les plus polluantes, qu’Emmanuel Macron semble vouloir épargner coûte que coûte.

Vols intérieurs, CETA, 5G… l’écrémage des mesures n’en finit pas

Mais la déconvenue ne s’arrête pas là : d’autres mesures sont implicitement écartées par Emmanuel Macron dans ce même discours, comme le dévoile le Réseau Action Climat [2]. Parmi elles, la suppression des vols intérieurs quand il existe des alternatives de moins de 4 heures en train ou encore la non-ratification du CETA, pas à l’ordre du jour, le Président se contentant de poursuivre une évaluation du texte.

Le lendemain, c’est au tour de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, de participer à l’épuration des mesures citoyennes. Il se prononce contre l’interdiction des publicités sur les produits les plus émetteurs de CO2, dont les SUV, et critique la proposition de réduction de TVA sur les billets de train, trop coûteuse à son goût pour l’État.

Entre en jeu ensuite la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, annonçant le lancement des enchères pour attribuer les fréquences 5G dès septembre, et ignorant totalement le moratoire sur la mise en place de la 5G proposé par la Convention Citoyenne pour le Climat.

Derrière les grands discours et les blablas, le vrai visage écologique et social d’Emmanuel Macron

Alors que les crises sociales, sanitaires et environnementales se succèdent, révélant aux yeux de toutes et tous les limites et le manque de résilience de notre modèle actuel de société, Emmanuel Macron refuse tout changement de cap : “je crois à la croissance de notre économie” a-t-il rappelé devant les 150. Le gouvernement persévère dans une politique productiviste qui place l’économie bien au-dessus de l’écologie et de l’avenir de nos concitoyen·nes et qui promeut un modèle totalement insoutenable pour les écosystèmes de notre planète.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République et son titre de “Champion de la Terre” reçu en 2018, Alternatiba et ANV-COP21 dénoncent la mascarade de sa politique écologique et sociale et ses nombreux discours de façade.

 

Plus que jamais, défendons la démocratie citoyenne et mobilisons-nous pour changer ce système

En à peine une semaine, les 9 mois de travail, de réflexions, de débats, d’auditions d’expert·es des 150 citoyen·nes de la Convention Citoyenne pour le Climat ont été vidés de leur substance et de leur cohérence par le pouvoir exécutif.

Que restera-t-il de leurs 149 propositions ? Le nouveau gouvernement de Jean Castex et le parlement vont-ils eux aussi écarter une à une les autres mesures les plus ambitieuses ?

Un projet de loi spécifique sur le travail des 150 doit être présenté à la fin de l’été avant un nouveau plan de relance en septembre. Plus que jamais, soyons attentif·ves aux manœuvres du gouvernement, notamment sur deux mesures portées par la CCC et revendiquées par ANV-COP21 depuis de nombreux mois : l’interdiction des extensions des aéroports, et la suppression de vols intérieurs, ainsi que le moratoire sur la construction de nouvelles zones commerciales qui devra absolument inclure les entrepôts d’e-commerce.

Nous, Alternatiba et ANV-COP21, veillerons à ce que ces deux propositions ne soient pas elles aussi écartées en continuant à nous mobiliser : en ligne, par du plaidoyer auprès des député·es et des élu·es, et par des actions de désobéissance civile.

 

[1]
https://www.huffingtonpost.fr/entry/convention-climat-les-francais-daccord-avec-labandon-des-110-kmh-exclusif_fr_5efb373bc5b612083c52ddf2

[2]
https://reseauactionclimat.org/convention-citoyenne-pour-le-climat-deja-7-propositions-retoquees/

 

Source : Alternatiba

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