Témoignages : « je suis en procès le 26 juin à Strasbourg pour avoir décroché un portrait »

Ils et elle s'appellent Michael, Lucille et Sylvain ; ils et elle ont 30 ans, 24 ans et 46 ans ; ils et elle sont membre du groupe local ANV-COP21 Strasbourg et seront jugé·e·s le 26 juin au tribunal de Grande Instance. Leur crime a été de décrocher le portrait d'Emmanuel Macron dans la mairie de Kobsheim pour lui montrer la réalité de l'urgence climatique : en l'amenant sur le projet du Grand Contournement Ouest (GCO), un projet autoroutier de grandes envergures, ces citoyen·ne·s engagés ont voulu confronter Macron à la désolation écologique. Voici leurs témoignages. 

Michael

Michael Kugler, 30 ans, chercheur en biomécanique

Ce qui devrait choquer, ce n’est pas que le portrait de notre président ne soit pas à sa place, bien au chaud dans la mairie, entre 4 mur . Non, ce qui devrait choquer, c’est le paysage de désolation qui l‘entoure : les forêts coupées, la terre stérilisée, et le désarroi des habitant·e·s.

Le 5 mars 2019 avec un groupe de militant·e·s écologistes, nous avons sorti le portrait d’Emmanuel Macron de la mairie de Kolbsheim pour l’emmener sur le chantier du Grand Contournement Ouest (GCO).

Le message qui nous tenait à cœur est que l’urgence climatique est réelle, visible pour qui veut sortir de son bureau et ouvrir les yeux, et qu’un changement drastique de politique est nécessaire dès maintenant. A ce message, la seule réponse des instances de la République française est la répression : gardes à vue, perquisitions, interrogations, intimidation et procès. Cette réponse affligeante met en valeur les priorités de l’Etat : la préservation des intérêts des multinationales et du système plutôt que la résolution du problème mis en lumière.

En ce qui concerne notre trio alsacien, le procureur a décidé de nous poursuivre en justice (malgré qu’il n’y ait pas de plainte de la mairie) uniquement à partir d’une photo. Or sur cette fameuse photo, ce qui devrait choquer, ce n’est pas que le portrait de notre président ne soit pas à sa place, bien au chaud dans la mairie, entre 4 murs. Non, ce qui devrait choquer, c’est le paysage de désolation qui l’entoure : les forêts coupées, la terre stérilisée, et le désarroi des habitant·e·s. Mais tout ça, le procureur, à l’instar des autres bureaucrates de l’Etat, a choisi de ne pas le voir pour se focaliser sur un portrait qui n’est pas resté à sa place. En un mot, quand le doigt montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt.

J’ai eu, en retour à cette annonce de procès, beaucoup de soutien, et du fond du cœur merci à vous tou·te·s. Certain·e·s m’ont dit : « C’est bien, continue, on compte sur toi ! ». Je suis désolé, mais non, vous ne pouvez pas compter sur moi ! A moi seul je ne peux arrêter le GCO, infléchir les décisions de l’Etat, changer le monde. A nous tou·te·s nous le pouvons. Alors disons plutôt « Tu n’es pas seul, ensemble on y arrivera, on compte sur nous ! »

Évidemment, moi, je continuerai à dénoncer, à montrer ce qu’on ne veut pas voir, et à batailler contre les dérives de la société. Toujours pacifiquement, avec respect, en étant fiers de nos actions. Car se sont nos valeurs qui nous obligent à agir. Quelque soit le prix juridique à payer, il ne sera rien en comparaison du prix que nous payerons collectivement pour notre inaction. Que la justice des Hommes nous juge, le reste nous appartient.

Lucille Auger, 24 ans, étudiante en psychologie

Parce que je veux protéger mon copain, ma famille, mes ami·e·s, chaque personne dans ce monde mais aussi les animaux et la nature, j’ai participé à une action de décrochage du portrait du président de la République pour dénoncer son inaction climatique et sociale.

Lucille

Dans ma vie, j’aime les rires, les sourires, et la bienveillance me tient à cœur, tout comme être avec mon copain, voir ma famille, passer des moments avec mes ami·e·s, faire de belles rencontres. J’ai aussi une grande admiration pour la nature qui nous a façonné·e·s et nous fait vivre. J’aime sentir son air pur, me balader à travers la forêt, me laisser bercer par la mer. Parce que j’ai voulu défendre ces choses, j’ai un procès le 26 juin.

Il y a peu, parce que je veux protéger mon copain, ma famille, mes ami·e·s, chaque personne dans ce monde mais aussi les animaux et la nature, j’ai participé à une action de décrochage du portrait du président de la République pour dénoncer son inaction climatique et sociale. Cette action s’inclue dans les différents réquisitions de portrait du président de la république effectuées par ANV Action non-violente COP21 .

Nous avons emmené le portrait sur le chantier pour lui montrer le désastre du #GCO et, pour cette action, Michaël Kugler, Sylvain Metz et moi sommes convoqué·e·s devant le tribunal le 26 juin.

Parce que nous refusons la violence physique et psychologique qui sont perpétuées sur les citoyen·ne·s par l’Etat et parce que nous refusons la destruction de la nature, nous sommes convoqué·e·s devant la justice le 26 juin.

Venez nous soutenir un peu avant 8h30 au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg le 26 juin.

Pour info, je vous rassure, le portrait n’a pas été violenté physiquement. Malheureusement, il a eu un choc psychologique important à la vue du désastre du #GCO.

 

Sylvain

Sylvain Metz, 46 ans, 1 enfant, habitant un village défiguré par le GCO

Nous n’accepterons jamais cette fatalité que nous impose le profit à court terme au détriment de notre avenir à tous, nous le devons à nos enfants qui ne comprendront pas notre obstination à détruire notre terre mère, ce paradis qui bientôt ne sera plus que ruine et désolation.

Cela fait 30 ans que le GIEC, le groupe intergouvernemental des experts climatiques, a publié son premier rapport sur le réchauffement global d’origine anthropique assorti d’un avertissement sans appel. Si nous ne réduisons pas nos émissions de gaz à effet de serre, l’augmentation de la température moyenne sera telle que les conséquences pour l’humanité seront dramatiques.

30 ans plus tard, ce réchauffement est non seulement avéré mais en constante accélération. Il est déjà trop tard pour la stratégie des petits pas, ce qu’il nous faut c’est un véritable « plan Marshall » porté non pas par un ministère de l’environnement soumis aux pressions des multinationales et autres lobbies de toutes sortes, mais par un gouvernement de l’environnement avec comme objectif principale la décroissance massive de nos émissions de gaz à effet de serre.

Or nous constatons dans les faits notamment ici à Strasbourg qu’un projet d’autoroute a été ressuscité issue des trente ravageuses, projet prétendu d’intérêt général et d’utilité publique. Comment, alors que des alternatives existent, peut-il être d’intérêt général de détruire à tout jamais des forêts, des zones humides et des terres agricoles parmi les plus fertiles d’Europe ? Cette autoroute, toutes proportions gardées, contribue déjà aux changements climatiques. Nous n’accepterons jamais cette fatalité que nous impose le profit à court terme au détriment de notre avenir à tous, nous le devons à nos enfants qui ne comprendront pas notre obstination à détruire notre terre mère, ce paradis qui bientôt ne sera plus que ruine et désolation.

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