La justice face à ses responsabilités : vers une nouvelle relaxe ?

Appel de Lyon

Après la relaxe historique prononcée le 16 septembre dernier, les deux Décrocheurs de portrait lyonnais, Fanny Delahalle et Pierre Goinvic étaient à nouveau convoqués devant la justice en appel ce jeudi 19 décembre à Lyon. Le procureur a contesté la relaxe en première instance et requis des amendes fermes de 500 euros. Le délibéré sera rendu le 14 janvier 2020.

Une relaxe historique pour les lanceurs d’alerte climat 

Le lundi 2 septembre dernier, Fanny et Pierre, deux Décrocheurs de portrait lyonnais ont été jugés pour “vol en réunion”. Ce fut l’un des 22 procès de la campagne de désobéissance civile de décrochages de portraits présidentiels dans les mairies de France, lancée en février dernier par Action non-violente COP21. Le but : dénoncer l’irresponsabilité de l’inaction climatique et sociale d’Emmanuel Macron et de son gouvernement.

Le 16 septembre 2019, le Tribunal de grande instance de Lyon a relaxé les deux activistes reconnaissant la légitimité de leur action et l’état de nécessité devant les enjeux climatiques actuels. Une décision historique qui s’affichait en une à l’international. Le procureur a fait appel de cette décision le soir même.

Appel de Lyon

Une forte mobilisation de soutien en plein mouvement social

En pleine mobilisation sociale et au lendemain d’une COP25 plus que désastreuse, de nombreux soutiens et personnalités des luttes sociales et écologiques étaient présents pour apporter leur soutien aux activistes. Mouvement climat de Lyon, syndicats, Gilets jaunes, Jeunes pour le climat étaient mobilisés sur les marches de la Cour d’Appel.

“Les militants du climat n’ont rien à faire devant les tribunaux.” assène Maxime Combes porte-parole d’ATTAC France. “Ce sont aujourd’hui les pollueurs, les états qui ne prennent pas les mesures qui devraient être jugés. Quand ont regarde le gouvernement on peut constater, et ce n’est pas nous qui le disons, c’est le Haut Conseil Pour le Climat, institué par Emmanuel Macron lui-même, qui précise par “A+B” combien la France est aujourd’hui en retard sur ses propres objectifs climatiques. Des objectifs climatiques qui ne sont par ailleurs pas suffisants au regard des enjeux et des objectifs fixés d’ici 2050. On procrastine ! ”.

Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, et Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS et contributeur du GIEC, ont apporté leur témoignage d’experts à l’audience.

“En tant que militante écologiste, je veux dire que si nous sommes ici aujourd’hui, c’est parce que des alertes concernant le climat n’ont pas été écoutées depuis 40 ans. (…) En tant que directrice générale d’Oxfam France, je veux vous dire que les engagements pris ne sont pas tenus. En tant que parlementaire et ancienne ministre, je veux vous dire ici la responsabilité extrêmement forte du président de la République. Son interpellation directe est aujourd’hui la seule solution.” a déclaré Cécile Duflot à la barre.

Wolfgang Cramer témoigne “Je veux souligner l’urgence climatique et le manque de réponse des politiques jusqu’à maintenant”. À la question “Est ce que vous avez peur en tant que scientifique, en tant qu’humain, en tant que parent ?”, le directeur de recherche au CNRS répond : “En tant que scientifique je suis formaté à ne pas avoir peur, j’ai un regard dépassionné sur des modèles, en tant que citoyen, en tant qu’humain, en tant que parent, j’ai de grandes craintes pour le monde dans lequel vivront nos enfants”.

Fanny Delahalle, prévenue : “Ce n’est pas pour moi que je demande la relaxe aujourd’hui. J’ai décidé de donner ma vie à cela. Je suis prête à être privée de ma liberté. Mais je veux pouvoir regarder mes nièces en face. Si nous étions dans une période normale de l’histoire, vous pourriez nous condamner. Mais nous ne sommes pas aujourd’hui dans une période normale et nous avons besoin d’actes courageux, notamment de vous, monsieur le président.”

L’audience a duré deux heures et demie. Le procureur requiert 500 euros d’amendes fermes. Le délibéré sera rendu le 14 janvier 2020 à la même date que pour les Décrocheurs du Beaujolais.

“Nous espérons maintenant une décision courageuse qui aille dans le sens de l’Histoire et restons déterminés à poursuivre nos actions. Le 8 décembre dernier, devant la Tour Eiffel, ANV-COP21 a appelé à une nouvelle vague de décrochages ainsi qu’à une semaine massive d’actions à Paris “Démasquons Macron” en amont des élections municipales, véritable levier d’actions pour nos territoires.” Sylvine Bouffaron ANV-COP21

Huit procès sont déjà annoncés en 2020, jusqu’au procès en appel de Paris le 22 octobre prochain.

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